,

Histoire | Jean-Bédel Bokassa aux funérailles du général de Gaulle : l’Afrique face à ses paradoxes

Histoire | Jean-Bédel Bokassa aux funérailles du général de Gaulle : l’Afrique face à ses paradoxes

L’image est saisissante.
On y voit Jean-Bédel Bokassa, alors président de la République centrafricaine, effondré de douleur lors des obsèques du général Charles de Gaulle. Le futur empereur autoproclamé pleure à chaudes larmes celui qu’il appelait familièrement « Papa », devant les caméras du monde entier.

Une scène qui résume à elle seule l’un des grands paradoxes de l’histoire africaine contemporaine : la relation ambivalente entre certains dirigeants postcoloniaux et leurs anciennes puissances tutélaires.

Entre admiration filiale et mépris politique

Bokassa vouait une admiration profonde au général de Gaulle.
Ancien soldat de l’armée française, il voyait en lui une figure paternelle, au point de l’appeler ainsi, ce qui irritait profondément le fondateur de la Ve République.

Dans l’intimité du pouvoir, de Gaulle n’était pourtant guère tendre. À Jacques Foccart, son conseiller Afrique, il aurait confié :

« C’est un couillon, on ne fera rien avec lui. »

Deux regards qui ne se croisent jamais vraiment : d’un côté, une loyauté quasi affective ; de l’autre, un pragmatisme froid, typique des rapports géopolitiques de l’époque.

“Papa, pourquoi es-tu parti ?”

À la mort du général de Gaulle, Bokassa ne retient plus ses émotions.
Lors des funérailles, il se roule presque au sol, la voix brisée par la douleur, criant :

Jean-Bédel Bokassa, alors président de la République centrafricaine, effondré de douleur lors des obsèques du général Charles de Gaulle

Quelques jours plus tard, dans une interview accordée à Jean-Pierre Elkabbach et Alain Duhamel, il déclarera sans détour :

« J’ai adoré le général de Gaulle et je l’adore encore quoi qu’il soit mort. »

Une déclaration troublante, révélatrice d’un attachement personnel qui dépasse largement le cadre diplomatique.

Le miroir d’une Afrique postcoloniale en quête de repères

Cette séquence historique, extraite notamment de l’ouvrage Surnoms des hommes et femmes qui ont marqué l’histoire contemporaine de l’Afrique, illustre la complexité psychologique et politique de nombreux dirigeants africains issus de l’ère postcoloniale.

Entre héritage militaire français, admiration pour l’ancienne métropole et volonté d’affirmation nationale, beaucoup ont évolué dans une zone grise faite de contradictions.

Bokassa, personnage excessif et tragique, incarne cette génération tiraillée entre dépendance symbolique et quête de souveraineté, entre fascination et ressentiment.

Une image qui interroge encore aujourd’hui

Plus de cinquante ans après, cette photo continue de questionner.
Elle nous rappelle que la décolonisation ne fut pas seulement institutionnelle, mais aussi émotionnelle, culturelle et mentale.

Elle invite surtout à réfléchir à la construction des élites africaines, à leurs modèles de référence, et à la nécessité, pour le continent, de forger ses propres récits, ses propres héros et ses propres repères.

L’Afrique avance. Mais ses paradoxes, eux, racontent encore beaucoup de son histoire.


✍️ Signature :
Giscard Ndjogou
Mémoire & Politiques – AFROSCOPIE News

🏷️ Tags :
#HistoireAfricaine #Bokassa #DeGaulle #ParadoxesAfricains #MémoireColoniale #Afrique #Centrafrique #AfroscopieNews


En savoir plus sur AFROSCOPIE NEWS

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

En savoir plus sur AFROSCOPIE NEWS

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture

En savoir plus sur AFROSCOPIE NEWS

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture