Mémoire | Grégoire Mbida « Arantes » : quand les pionniers du football africain sombrent dans l’oubli

Mémoire | Grégoire Mbida « Arantes » : quand les pionniers du football africain sombrent dans l’oubli

À 71 ans, Grégoire Mbida, surnommé « Arantes », n’est plus que l’ombre du héros qu’il fut autrefois.
Pourtant, son nom reste gravé dans l’histoire : il est l’auteur du tout premier but du Cameroun en Coupe du monde, en 1982, un moment fondateur pour le football camerounais et africain.

Aujourd’hui, cette légende vivante traverse une vieillesse marquée par la précarité et l’indifférence. Une réalité qui interroge profondément notre rapport à la mémoire sportive.

Des pionniers oubliés, un héritage négligé

Alors que des entraîneurs étrangers de plus de 70 ans continuent d’être sollicités sur les bancs africains, certains de ceux qui ont bâti les fondations de notre football vivent sans reconnaissance ni accompagnement.

Ces anciens joueurs ont porté les couleurs nationales à une époque où :

  • les infrastructures étaient quasi inexistantes,
  • les primes symboliques,
  • la médiatisation faible,
  • et la protection sociale inexistante.

Ils ont pourtant ouvert la voie aux générations actuelles, dont les carrières bénéficient aujourd’hui d’un écosystème structuré et professionnalisé.

Grégoire Mbida, symbole d’un malaise plus large

Le cas de Mbida n’est pas isolé.
Il incarne une génération de vétérans du football africain, héros d’hier, laissés seuls face à la maladie, à l’âge et à l’oubli.

Des hommes qui ont donné leur jeunesse, leur santé et parfois leur avenir à la gloire nationale, sans jamais bénéficier d’un véritable filet de sécurité.

Une responsabilité collective

La question n’est pas seulement sportive. Elle est morale, sociale et politique.

Que disent nos sociétés lorsqu’elles célèbrent les exploits passés mais abandonnent leurs acteurs une fois les projecteurs éteints ?
Peut-on parler de développement du sport sans penser à la protection des anciens ?

Fédérations, États, sponsors, anciens coéquipiers, acteurs du football moderne : la responsabilité est collective.

Préserver la mémoire, soigner les hommes

Honorer les légendes ne devrait pas se limiter à des hommages ponctuels ou à des archives poussiéreuses.
Cela passe par :

  • une prise en charge médicale décente,
  • un accompagnement social,
  • des pensions ou aides spécifiques,
  • et une valorisation de leur rôle dans la transmission et l’encadrement.

Le football africain ne peut avancer en oubliant ceux qui l’ont fait naître.

Ne pas attendre qu’il soit trop tard

Grégoire Mbida est encore vivant.
Mais combien d’autres partiront sans reconnaissance, sans soins, sans mémoire collective ?

Un continent qui se respecte commence par prendre soin de ses pionniers.


✍🏾 AFROSCOPIE News
Sport, Mémoire & Société

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