Dette africaine : sortir du piège par l’industrialisation ou rester dépendant ?

Dette africaine : sortir du piège par l’industrialisation ou rester dépendant ?

Malgré des taux de croissance parfois supérieurs à la moyenne mondiale, l’Afrique demeure enfermée dans un cycle récurrent de crises de la dette. Chocs extérieurs, possibilités des matières premières, hausse des taux d’intérêt internationaux : le continent subit régulièrement des pressions financières qui fragilisent ses équilibres budgétaires.

Pour l’économiste gabonais Hugues Mbadinga Madiya, ancien Directeur general de la dette et ancien Ministre, avis publié par notre confrère RFI, le problème dépasse la simple gestion budgétaire ; Il est structurel.

Une croissance fragile et dépendante

De nombreux pays africains affichent une croissance solide sur le papier ; Mais cette croissance reste largement tirée par l’exportation de matières premières brutes : pétrole, minéraux, cacao, coton.

Cette dépendance expose les économies aux fluctuations des marchés internationaux. Lorsque les prix chutent ou que les conditions financières mondiales se durcissent, les États se retrouvent confrontés à des tensions de liquidité, aggravées par un endettement souvent libellé en devises étrangères.

L’architecture financière internationale, conçue dans un contexte post-Seconde Guerre mondiale, ne prend pas suffisamment en compte la vulnérabilité structurelle des économies africaines aux chocs exogènes.

Le cercle vicieux de l’endettement

Le mécanisme est désormais bien connu :

  • baisse des recettes d’exportation,
  • recours couru à l’emprunt extérieur,
  • augmentation du service de la dette,
  • réduction des marges budgétaires pour les investissements productifs.

Résultat : la croissance devient insuffisante pour absorber la dette, et le cycle recommence.

Selon Hugues Mbadinga Madiya, la solution ne peut être que financière ; Elle doit être productive.

Industrialiser pour transformer la structure économique

L’économiste plaide pour une industrialisation patiente , centralisée sur la transformation locale des ressources naturelles.

Transformer le cacao plutôt que l’exporter brut ; Raffiner le pétrole localement ; Valoriser les minéraux sur place ; Développeur de chaînes de valeur régionales.

Cette stratégie permet :

  • d’augmenter la valeur ajoutée domestique,
  • de diversifier les sources de revenus,
  • de réduire la vulnérabilité aux chocs extérieurs,
  • et de renforcer la base fiscale nationale.

L’industrialisation n’est pas un slogan, mais une condition de souveraineté économique.

Un choix stratégique de long terme

Sortir du piège de la dette suppose des investissements lourds, une planification cohérente et une stabilité institutionnelle.

Cela implique également :

  • une amelioration du climat des affaires,
  • le développement des infrastructures énergétiques et logistiques,
  • et une intégration régionale plus poussée via la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).

Sans transformation structurelle, l’Afrique risque de rester exposée à une fin cyclique, alimentée par une croissance insuffisamment inclusive et peu créatrice de valeur.

Vers une nouvelle trajectoire ?

La question n’est plus de savoir si la dette est un problème. Elle l’est.
La véritable interrogation porte sur la nature de la réponse.

Pour Hugues Mbadinga Madiya, seule une montée en gamme productive permettra de desserrer durablement l’étau de l’endettement.

Autrement dit : la clé n’est pas seulement dans la renégociation des dettes, mais dans la capacité du continent à produire davantage, transformer localement et capter une partie plus importante de la richesse qu’il génère.


✍🏾 Giscard NDJOGOU
Économie – Industrialisation – Dette publique

🏷️ Tags :
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