Cotonou — Il fut l’un des plus grands symboles de résistance africaine face à la colonisation. Roi du Dahomey (actuel Bénin), Béhanzin a affronté la puissance militaire française, perdu son royaume, connu l’exil… mais gagné une place éternelle dans l’histoire.
Plus d’un siècle après sa chute, son nom continue d’inspirer le Bénin et bien au-delà. Un parcours elogieux et fait de courage et d’adbnegation qui continue d’ispirer des generations entieres sur les notions de fierté et de lutte patriotique.
Le dernier grand roi résistant du Dahomey
Monté sur le trône en 1890 , Béhanzin hérite d’un royaume structuré, puissant et fier. Né Kondo, il est le dernier roi souverain du royaume de Dahomey (actuel Bénin), ayant régné de 1890 à 1894. Figure emblématique de la résistance anticoloniale, il a marqué l’histoire par sa lutte farouche contre l’invasion française. Face à l’expansion des premiers colons français, il refuse la soumission et choisit la résistance.
« Béhanzin a laissé la marque d’un roi résistant, d’un roi qui a refusé la domination étrangère, d’un roi qui a sacrifié sa vie pour sa patrie, pour son pays, pour son trône »
Confia Romuald Michozounou, professeur d’histoire nationale au Département d’histoire de l’Université d’Abomey-Calavi au Bénin à nos confreres de BBC News Afrique,.
La guerre contre l’empire français
Entre 1890 et 1894, le Dahomey entre en guerre contre la France. Souverain du Dahomey, un puissant royaume de l’Afrique de l’Ouest, Béhanzin qui était monté sur le trône en 1889, n’a pas hésité à dire non aux Français à l’époque. Il était l’un des rares rois de l’Afrique précoloniale, qui n’avaient pas peur des impérialistes venus du « monde civilisé », comme on dit.
Malgré des moyens militaires inférieurs, les troupes de Béhanzin opposent une résistance farouche, notamment à travers la bravoure des Amazones du Dahomey, la stratégie militaire locale, le refus de céder la souveraineté.
Les Français voulait le port de Cotonou, l’actuelle capitale du Bénin, pour en faire une porte de pénétration de l’intérieur du pays. La proposition d’achat du territoire ne passait pas devant le roi. Cela est contraire aux traditions, comme il l’avait noté dans sa lettre.
Face aux troupes françaises, Béhanzin, avec les héroïques Agodjié (Amazones), remporte la première bataille en 1890 et signe un traité de paix avec les Français. Mais, la bataille a repris l’année suivante et a été meurtrière pour les deux camps et grace à la supériorité logistique la France finit par l’emporter.
La chute et l’exil
Le 30 mars 1894, le roi déchu est déporté à Fort-de-France en Martinique. Dans un mémoire écrit par le fils de Béhanzin qui avait accompagné son père en exil et qu’on trouvait dans les archives du Benin, son père explique qu’il s’est rendu à l’invitation du général Dodds qui avait conduit les troupes françaises parce qu’il voulait aller en France.
« Béhanzin n’a pas hésité, malgré la défaite, à demander au général Dodds de lui permettre d’aller négocier les conditions de la paix avec le président français parce qu’il estimait que Dodds était un chef militaire et que lui, en tant que roi du Dahomey, ne pouvait pas négocier les conditions de paix avec lui. C’est là où Dodds, au lieu de l’aider à rencontrer le président Sadi Carnot, l’a plutôt déporté en Martinique ».
ajoute Prof Michozounou.
En 1906, Béhanzin fut transféré en Algérie où il mourut à Blida le 10 décembre de la même année. Ce n’est qu’en 1928 que sa dépouille fut ramenée à Dahomey avec des cérémonies funéraires grandioses. Il était devenu le martyr de la colonisation.
Pourquoi il inspire encore
Béhanzin demeure une figure importante de la mémoire béninoise contemporaine. Il est considéré et vénéré à juste titre comme un héros national de la résistance anticoloniale. Au Bénin, trône sa statue à la place Goho d’Abomey à l’entrée de Cotonou, où avait eu lieu sa dernière rencontre avec le général Dodds en 1890.
C’est une fierté nationale dont la résistance se trouve au cœur même de l’identité des Béninois. Il est considéré comme le « Jésus national ». L’enseignant d’histoire à l’Université d’Abomey-Calavi souligne que Béhanzin a résisté, a refusé la domination jusqu’au bout. « Il est l’image d’un roi résistant ».
Pendant la période révolutionnaire au Bénin dans les années 1970, le président Mathieu Kérékou avait désigné et érigé Béhanzin en héros national.
Ensuite, le nom de Béhanzin a été donné au premier établissement secondaire de la période coloniale, qui était dans la capitale du Dahomey de l’époque, qu’on appelait Porto-Novo, et qui s’appelait Lycée Victor Ballot. Bénin moderne.
Gagner l’histoire
Béhanzin a certes perdu son trône, mais il a gagné ce que peu de souverains ont réalisé : le respect des générations futures.
Par Giscard Ndjogou | Actualités Afroscopie












