Ici, nous sommes à Doba, chef-lieu de la région du Logone Oriental, dans le département de la Pendé.
Classée 4ᵉ ville la plus développée du Tchad, Doba est connue comme le cœur pétrolier du pays, une ville stratégique qui a longtemps contribué au financement de l’État et au développement national.
Pourtant, une réalité alarmante s’impose aujourd’hui : la prolifération massive des déchets urbains, en particulier des plastiques, qui envahissent les rues, les quartiers et les espaces publics.
Une crise environnementale visible et préoccupante
À Doba, les déchets ne sont plus un phénomène marginal. Ils deviennent structurels.
Tas d’ordures non collectés, plastiques disséminés, caniveaux obstrués : le décor interroge et inquiète.
Cette situation expose les populations à de graves risques sanitaires :
- prolifération de moustiques et maladies hydriques,
- pollution des sols et des eaux,
- dégradation du cadre de vie et de l’attractivité urbaine.

D’où viennent les déchets ? Une responsabilité partagée mais mal encadrée
Plusieurs facteurs se croisent et s’additionnent :
- L’absence ou la faiblesse d’un système structuré de collecte et de traitement des déchets
→ Manque de camions, de décharges contrôlées et de filières de recyclage. - Une urbanisation rapide et insuffisamment planifiée
→ Croissance démographique sans adaptation des infrastructures. - Un déficit de sensibilisation et d’éducation environnementale
→ Peu de campagnes citoyennes sur la gestion des déchets, notamment plastiques. - Une gouvernance locale fragilisée par le manque de moyens et de coordination
→ Faible articulation entre collectivités, État central et acteurs privés.
Le paradoxe de l’or noir
Le paradoxe est saisissant :
Comment une ville pétrolière, génératrice de richesses nationales, peut-elle se retrouver dans une telle précarité environnementale ?
Doba est une ville historique, une ville économique, une ville stratégique.
Elle a tant donné au pays.
Mais aujourd’hui, elle semble payer le prix d’un développement extractif sans retour équitable sur le bien-être local.
Cette situation pose une question fondamentale :
Les politiques publiques sont-elles réellement au service du développement durable et des populations locales ?

Des solutions existent, encore faut-il la volonté
La crise des déchets à Doba n’est pas une fatalité. Des pistes concrètes sont identifiées :
- Mise en place d’un service municipal de collecte régulier, doté de moyens adaptés
- Création de zones de tri et de décharges contrôlées
- Développement de programmes de recyclage des plastiques, créateurs d’emplois locaux
- Lancement de campagnes d’éducation environnementale dans les écoles et quartiers
- Implication des compagnies pétrolières dans des projets de responsabilité sociétale (RSE)
- Renforcement de la participation citoyenne et des comités de quartier
Doba, un bien commun à protéger
Doba ne peut être réduite à un simple site d’exploitation.
Elle est un espace de vie, de mémoire et d’avenir, un bien commun qui engage la responsabilité de l’État, des collectivités, du secteur privé et des citoyens.
La gestion des déchets est un indicateur clé de gouvernance, mais aussi de justice sociale et environnementale.
Une ville au cœur meurtri, en attente de justice
Doba mérite :
- des infrastructures dignes de son rang,
- des politiques publiques cohérentes,
- une reconnaissance à la hauteur de sa contribution nationale.
Doba est au cœur du Tchad.
Mais aujourd’hui, ce cœur attend justice.
✍️ Signature :
Clément Djoms
Correspondant Tchad – AFROSCOPIE News
🏷️ Tags :
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